Takuma Hisa est un nom que tout aikidoka se devrait de connaître s’il s’intéresse à l’histoire de son art. En effet, ce dernier présente la particularité d’avoir à la fois été l’élève de Morihei Ueshiba, à une époque où le nom d’aikido n’était pas encore employé, et celui de Sokaku Takeda, également professeur du fondateur de l’aikido.

Takuma Hisa
Né en 1895 sur l’île de Shikoku au Japon, Takuma Hisa fut capitaine de son club universitaire de Sumo avant d’entrer au sein du journal Asahi Shinbun. Nommé directeur des affaires générales de ce journal à Osaka en 1934, c’est vers cette période qu’il invite Morihei Ueshiba à lui enseigner son art, à lui ainsi qu’à un groupe de ses collègues. On le voit apparaitre sur le film « Budo » de 1935.

Morihei Ueshiba (extrême droite) face à Takuma Hisa et ses élèves lors d’une cérémonie au dojo d’Osaka
En 1936, Sokaku Takeda apparait devant les locaux de Asahi Shinbun et reprend le relai de l’enseignement auprès des employés. Morihei Ueshiba préfère déjà soigneusement éviter de rencontrer son ancien professeur, et à l’annonce de son arrivée impromptue, il préfère s’éclipser.
Dès l’époque où Morihei Ueshiba enseignait sa propre version du Daito ryu (il n’utilisait d’ailleurs pas ce nom, laissant son art non nommé ou alors désigné sous le nom de Asahi ryu, l’école Asahi en référence au nom du journal), Takuma Hisa mettant à profit l’intérêt de travailler dans le monde journalistique, entreprit la création d’un immense catalogue photographique contenant l’ensemble des techniques apprises. Ce document historique, nommé Soden, existe toujours et contient en tout onze volumes, les six premiers étant consacrés à l’enseignement de Morihei Ueshiba durant cette période des années 30.

Takuma Hisa en 1939, année où il reçut le Menkyo kaiden du Daito ryu
En 1939, Takuma Hisa reçut de Sokaku Takeda le Menkyo Kaiden (diplôme signifiant que l’ensemble du programme technique d’une école a été transmis), un fait rare car ce diplôme ne fut décerné qu’à deux personnes uniquement.

Takuma Hisa posant en compagnie de Sokaku Takeda.
Il semble que Takuma Hisa ait toujours eu plus d’affinité pour le nom « aikido » que pour celui de Daito ryu Aiki jujutsu, ainsi en 1959, il fonde le premier club d’aikido dans la région d’Osaka (Kansai). Il s’installe à Tokyo en 1961 pour finalement y décéder en 1979. Ses élèves poursuivent désormais son enseignement, au sein de l’association Takumakai, nom qui provient à la fois du prénom de Hisa sensei ainsi que de l’expression Sessa takuma, « travailler ensemble pour se polir mutuellement« .
C’est il y a une quinzaine d’années désormais, par l’intermédiaire de feu le forum « aikido-forum » que j’appris l’existence d’un groupe de travail du Takumakai sur Tokyo. Et c’est ainsi grâce à l’amabilité de Guillaume Erard et Olivier Gaurin, deux aikidoka français pratiquant à l’Aikikai Honbu Dojo, que je pus intégrer la session mensuelle de pratique.
Le professeur officiant est un petit homme d’environ 60-70 ans, je pense, et mesurant au alentours des 1m60. Il fait preuve cependant d’une efficacité remarquable dans l’accomplissement de ses techniques. Son nom Kiyohiro Kobayashi sensei

Il devint élève de Hisa sensei sur Tokyo au cours des années 60, tout en se rendant régulièrement à l’Aikikai honbu dojo et au Yoshinkan honbu dojo de Gozo Shioda. Grâce à une lettre d’introduction de son professeur, il fit même la connaissance de Morihei Ueshiba en 1966.
Je ne connais absolument pas les autres courants du Daito ryu, mais j’ai bien ressenti une pratique à la frontière entre l’aikido et le Daito ryu. Un des points clés de l’enseignement du Takumakai me semble être l’importance accordée aux détails, et dans ce sens, j’y vois de nombreuses ressemblances avec l’aikido Iwama ryu. Certes, bon nombre de techniques sont soit absentes ou soit diffères de l’aikido, mais il est clair que le Daito ryu du Takumakai possède plus d’affinité avec l’aikido dit « Iwama ryu » qu’avec les divers enseignements proposés par exemple à l’Aikikai honbu dojo de Shinjuku, Tokyo.

Certaines techniques potentiellement destructrices, qui à ma connaissance tendent à disparaitre de nombreuses formes actuelles de l’aikido, étaient toujours présentes dans l’enseignement de Tamura sensei ou encore ugano sensei. Autres particularités, les techniques s’effectuent quasiment toujours dans un espace réduit, on fait chuter le partenaire à nos pieds, les mouvements sont courts, incisifs, sans gaspillage inutile…bref assez proche de l’aikido qui m’est le plus familier et que j’apprécie.
Mais ce fut une découverte intéressante, et par la suite j’eus l’occasion de pratiquer assez régulièrement durant une année jusqu’à l’obtention du Shodan.

